Hantengu, vieillard cornu en pleurs, accroché à un montant de bois, Demon Slayer

Les oni du folklore japonais et les démons de Demon Slayer

En bref

Les démons de Demon Slayer s’appellent oni en japonais, comme les ogres du folklore, ces créatures à cornes qui dévorent les humains. Koyoharu Gotouge leur a gardé les cornes, les crocs et la faim de chair humaine, mais leur a ajouté une faiblesse au soleil et une peur de la glycine, plus proches des vampires. La série puise aussi dans les légendes japonaises : la porte de Rashomon, les masques qui protègent du mal, les danses sacrées et les héros tueurs d’ogres.

Le démon père de la famille de Rui, une créature géante aux allures d’ogre, la gueule ouverte, au mont Natagumo, saison 1, Demon Slayer

Le titre japonais de la série commence par un seul caractère, 鬼, qui se lit oni et désigne les démons. Pour un lecteur japonais, ce mot évoque aussitôt tout un imaginaire : les ogres des contes pour enfants, les monstres qu’on chasse chaque année à la fête de Setsubun, les créatures cornues des rouleaux peints du Moyen Âge. La série s’appuie sur ce fonds commun, tout en inventant ses propres règles.

Voici ce que sont les oni du folklore japonais, ce que Demon Slayer leur emprunte, ce qu’il change, et les légendes qui se cachent derrière certains détails de la série. Notre page sur les démons de Demon Slayer présente Muzan et toutes les Lunes, et notre article sur le sens du titre Kimetsu no Yaiba explique ce caractère 鬼 qui ouvre le titre.

Qu’est-ce qu’un oni ?

Dans le folklore japonais, un oni est une créature malfaisante, souvent géante, à la peau rouge ou bleue, avec des cornes sur le front, des crocs, des griffes et une force terrifiante. Il porte traditionnellement un pagne en peau de tigre et une massue de fer hérissée de pointes. Il vit dans les montagnes, les îles lointaines ou les ruines, enlève les humains la nuit et les dévore. On le traduit souvent par « ogre » ou « démon ». Certains contes en font des brutes stupides que l’on dupe facilement, d’autres des seigneurs rusés qui règnent sur des bandes entières, d’autres encore des êtres tristes, condamnés à errer. Cette variété a laissé à l’autrice une grande liberté pour imaginer ses propres démons, des plus bestiaux aux plus raffinés.

Les oni sont partout dans la culture japonaise. On les trouve dans les contes, dans les pièces de théâtre, dans les estampes et dans les fêtes populaires. Leur image s’est fixée au fil des siècles, et beaucoup de détails viennent d’une vieille croyance sur les directions : le nord-est, la direction néfaste d’où viendraient les démons, s’appelait autrefois la direction du bœuf et du tigre, d’où les cornes du bœuf et la peau du tigre qu’on leur prête.

Le mot oni pourrait venir d’un terme ancien qui désignait ce qui est caché, invisible. Les oni étaient d’abord des esprits sans forme, responsables des maladies et des malheurs, avant de devenir les monstres cornus que l’on connaît. Notre article sur le lexique japonais de Demon Slayer explique les autres mots japonais de la série.

Un mot chargé d’histoire

Le mot oni, qui désigne les démons de Demon Slayer, évoque pour un Japonais des siècles de contes, de fêtes et de monstres cornus.

Ce que la série garde des oni

Les démons de Demon Slayer ont gardé le principal de leurs ancêtres du folklore, à commencer par la faim. Ils mangent les humains, et leur force grandit avec le nombre de victimes dévorées. Beaucoup ont des traits physiques d’oni : des cornes recourbées sur le front, des crocs qui dépassent, des griffes, des veines saillantes, parfois une taille gigantesque. Le démon père de la famille de Rui, au mont Natagumo, ou le démon aux mains de la Sélection finale, ressemblent aux monstres des vieux rouleaux peints.

Les démons les plus puissants, en revanche, ont souvent une apparence presque humaine. Muzan ressemble à un homme élégant, Doma à un beau jeune homme souriant, Akaza à un combattant couvert de tatouages. C’est un choix fort de l’autrice : plus un démon est dangereux, plus il ressemble à nous. La monstruosité est dans ce qu’il fait, pas dans son visage. Muzan pousse cette idée jusqu’au bout : il vit en ville, marié, père adoptif d’une fillette, et personne autour de lui ne soupçonne ce qu’il est. Notre article sur le démon aux mains de la Sélection finale présente l’un des démons les plus proches des oni traditionnels.

Hantengu, la Quatrième Lune supérieure, un vieillard recroquevillé aux cornes sur le front, Demon Slayer

Hantengu, la Quatrième Lune supérieure, porte des cornes comme un oni de théâtre, et ses clones incarnent chacun une émotion, la colère, la joie, le chagrin, le plaisir, comme les masques du théâtre japonais. Nezuko elle-même voit pousser une corne sur son front dans sa forme éveillée, au village des forgerons. Notre article sur Hantengu, la Quatrième Lune supérieure raconte ce démon.

Ce que la série invente

Les oni du folklore ne craignent pas particulièrement le soleil, et on ne les tue pas en leur coupant le cou avec une lame spéciale. Ces règles sont des inventions de la série, et elles rapprochent ses démons des vampires de la tradition européenne : ils sont immortels, se nourrissent d’humains, ne sortent que la nuit, meurent au soleil et redoutent une plante, comme les vampires redoutent l’ail.

La série invente aussi le système qui organise ses démons : un seul créateur, Muzan, qui transforme les humains en leur donnant son sang, une hiérarchie de Lunes, des pouvoirs propres à chaque démon, les techniques démoniaques du sang. Rien de tout cela ne vient du folklore. C’est ce mélange de légendes japonaises et de règles nouvelles qui donne aux démons de la série leur identité. Un lecteur qui connaît les contes reconnaît les oni, et découvre pourtant des créatures qu’il n’a jamais vues ailleurs. Notre article sur les façons de tuer un démon détaille ces règles, et celui sur comment on devient démon explique le rôle du sang de Muzan.

Trait Les oni du folklore Les démons de Demon Slayer
Origine créatures nées du mal ou des esprits humains transformés par le sang de Muzan
Apparence cornes, peau rouge ou bleue, massue souvent humaine, cornes chez certains
Nourriture chair humaine chair humaine
Faiblesse haricots de Setsubun, héros armés soleil, glycine, lame Nichirin au cou
Hiérarchie des chefs de bande Muzan et les Douze Lunes

Des oni et des vampires

Les démons de Demon Slayer mêlent les oni japonais, qui dévorent les humains, et les vampires européens, qui craignent le soleil.

Setsubun, les haricots et la glycine

Chaque année, autour du 3 février, les Japonais célèbrent Setsubun, la veille du printemps. Dans les maisons et les temples, on lance des haricots de soja grillés en criant « les démons dehors, le bonheur dedans ». Un membre de la famille porte souvent un masque d’oni et fait semblant de s’enfuir sous les haricots. C’est une fête joyeuse, très populaire auprès des enfants, qui chasse le malheur pour l’année. On mange aussi ce jour-là autant de haricots que son âge, plus un, pour porter chance.

Demon Slayer n’utilise pas les haricots, mais il reprend l’idée d’une plante qui repousse les démons : la glycine. Ses fleurs violettes les empoisonnent, et l’armée des pourfendeurs s’en sert partout, du mont Fujikasane, où les démons sont gardés prisonniers derrière un rideau de glycines en fleur, aux maisons des familles alliées, qui portent le blason de la glycine sur leur porte. Shinobu en tire un poison, et Tanjiro dort sans crainte dans ces maisons. Notre article sur les maisons à la glycine raconte ces refuges.

Tanjiro Kamado pendant la Sélection finale, sous les grappes de glycine en fleur du mont Fujikasane, saison 1, Demon Slayer

Rashomon, Momotaro et les tueurs d’ogres

Les légendes japonaises regorgent de héros tueurs d’oni, et la série y fait plusieurs clins d’œil. Le plus célèbre est Momotaro, le garçon né d’une pêche, qui part avec un chien, un singe et un faisan vaincre les ogres de l’île des démons. Un garçon ordinaire, accompagné de compagnons improbables, qui part détruire des démons : le schéma ressemble beaucoup à celui de Tanjiro, Zenitsu et Inosuke. Notre page consacrée à Tanjiro Kamado, le héros de Demon Slayer raconte son parcours de tueur de démons.

Une autre légende évoque la porte de Rashomon, à Kyoto, où un oni aurait attaqué les passants avant qu’un guerrier ne lui tranche le bras. Dans Demon Slayer, Daki et Gyutaro sont nés dans un quartier de Yoshiwara appelé la rive de Rashomon, le plus misérable du quartier des plaisirs. Le nom n’est pas choisi au hasard : c’est là que naissent deux des démons les plus cruels de la série. Notre article sur Daki et Gyutaro, la Sixième Lune supérieure raconte leur histoire.

Gyutaro, la Sixième Lune supérieure, né sur la rive de Rashomon, le sourire carnassier, saison 2, Demon Slayer

La légende la plus proche du récit est celle de Shuten-doji, le chef des oni du mont Oe, vaincu à l’ère Heian par le guerrier Minamoto no Raiko et ses compagnons, qui l’avaient endormi avec un saké empoisonné. Un roi des démons de l’ère Heian, des guerriers qui s’allient pour l’abattre, un poison pour l’affaiblir : on peut y voir un écho de la dernière bataille contre Muzan, empoisonné par Tamayo et Shinobu avant d’être vaincu au matin.

Un Momotaro moderne

Un garçon ordinaire et deux compagnons improbables partent détruire des démons : Demon Slayer rejoue à sa façon le conte de Momotaro.

Les masques qui protègent du mal

Le folklore japonais prête aux masques un pouvoir de protection. On accroche des masques pour éloigner le malheur, on en porte pendant les fêtes et les danses sacrées. Dans Demon Slayer, Sakonji Urokodaki taille pour chacun de ses élèves un masque de renard, qu’il appelle un masque qui chasse le malheur. Tanjiro, Sabito et Makomo en ont porté un. Le démon aux mains les reconnaît et les traque, ce qui donne au masque une signification tragique.

Notre cosplay de Sabito reprend son haori ivoire et son kimono à motif géométrique, et notre figurine pop de Tanjiro le montre avec son masque de renard relevé sur la tête, dans la collection consacrée à Sabito et la collection des figurines pop. Notre article sur Sabito et Makomo raconte l’histoire de ces masques.

Cosplay Sabito ivoire

Cosplay Sabito ivoire

Cosplay de Sabito, haori ivoire sur kimono à motif géométrique, hakama noir et obi vert.

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Les danses sacrées et le feu

La danse du Dieu du Feu, Hinokami Kagura, que dansent les Kamado chaque nouvel an, puise elle aussi dans les traditions japonaises. Le kagura est une danse rituelle shinto, dansée pour les divinités dans les sanctuaires et les villages. Certaines de ses formes régionales racontent justement des combats contre des démons et des dragons, avec des danseurs costumés et masqués. Tanjuro, le père de Tanjiro, revêt pour la danse un costume qui rappelle ces danseurs de kagura.

Le feu et le soleil jouent aussi dans la série le rôle qu’ils jouent dans beaucoup de croyances : celui de la lumière qui chasse les créatures de la nuit. La danse du Dieu du Feu est en réalité le Souffle du Soleil, le seul que Muzan craint vraiment. Notre article sur la danse du Dieu du Feu détaille ses mouvements, et notre figurine pop de Tanjiro au masque de renard se trouve dans la collection Tanjiro Kamado.

Figurine Tanjiro renard

Figurine Tanjiro renard

Figurine pop de Tanjiro, le masque de renard d’Urokodaki sur le côté de la tête.

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Les oni dans le Japon d’aujourd’hui

Les oni ne sont pas qu’un souvenir de vieux contes. Ils restent très présents dans la vie japonaise. Dans la région d’Akita, au nord du pays, des hommes déguisés en Namahage, des créatures à masque d’ogre, font le tour des maisons à la fin de l’année pour faire peur aux enfants paresseux et bénir les foyers. À Setsubun, les écoles et les familles rejouent chaque février la chasse aux démons avec des haricots et des masques en carton.

Les oni peuplent aussi la culture populaire moderne, des mangas aux jeux vidéo, sous des formes souvent attachantes : l’ogre est devenu un personnage aussi familier que le loup des contes européens. La série a profité de cette familiarité. En choisissant le mot oni, l’autrice parlait à tous les lecteurs japonais, puis elle a donné à ses démons une humanité perdue qui les rend tragiques. Notre page sur l’univers de Demon Slayer présente le monde de la série.

Pour Halloween ou une convention, se déguiser en démon de la série est d’ailleurs une façon moderne de jouer à l’oni : les démons qui sèment la terreur font toujours leur effet, et les cornes, les yeux marqués du rang de Lune ou les tatouages d’Akaza se reconnaissent de loin. La collection des déguisements Demon Slayer pour Halloween réunit les démons et les pourfendeurs.

L’ogre familier

Au Japon, les oni restent vivants dans les fêtes et les contes : Demon Slayer s’appuie sur ce monstre familier pour mieux surprendre ses lecteurs.

À retenir

  1. Les démons de Demon Slayer s’appellent oni, comme les ogres cornus du folklore japonais qui dévorent les humains.
  2. La série garde leurs cornes et leur faim, mais invente leur peur du soleil et de la glycine.
  3. Daki et Gyutaro naissent sur la rive de Rashomon, un nom tiré des légendes d’oni.
  4. Les masques de renard d’Urokodaki et la danse du Dieu du Feu puisent dans les traditions japonaises.

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