Tengen Uzui, une écharpe bordeaux au cou, les mains jointes sous les cerisiers, Demon Slayer

La religion dans Demon Slayer : bouddhisme, shinto et rituels

En bref

Demon Slayer se déroule dans un Japon où le bouddhisme et le shinto vivent côte à côte, et la série en emprunte beaucoup sans jamais faire la leçon. Gyomei Himejima, le Pilier de la Roche, prie sans cesse le Bouddha Amida. Doma, la Deuxième Lune supérieure, dirige une fausse religion qui promet le paradis à ses fidèles avant de les dévorer. La danse du Dieu du Feu des Kamado rappelle les danses sacrées des sanctuaires, et l’au-delà, le paradis, l’enfer et la réincarnation reviennent jusqu’au dernier chapitre.

Gyomei Himejima, le Pilier de la Roche, en prière, les mains jointes, Demon Slayer

Dans le Japon de l’ère Taisho, la religion fait partie de la vie quotidienne sans qu’on s’en rende toujours compte. On se rend au sanctuaire shinto pour le nouvel an, on fait appel au temple bouddhiste pour les funérailles, on accroche des porte-bonheur et on respecte des rites transmis depuis des siècles. Les personnages de Demon Slayer vivent dans ce monde-là, et la série en tire des personnages, des objets et des scènes.

Cet article présente ce que la série emprunte au bouddhisme et au shinto, à travers ses personnages, ses rituels et sa façon de penser la mort. Notre article sur les oni du folklore japonais explique d’où viennent les démons, et notre page sur l’univers de Demon Slayer fait le tour de la série.

Quelle religion dans le Japon de Demon Slayer ?

Le Japon connaît deux grandes traditions religieuses. Le shinto, la plus ancienne, honore les kami, des divinités présentes dans la nature, les montagnes, les rivières, le feu, et dans les ancêtres. On les prie dans des sanctuaires reconnaissables à leur portique, le torii. Le bouddhisme, venu du continent au VIe siècle, enseigne la délivrance de la souffrance et le cycle des renaissances, et ses temples s’occupent des morts et des funérailles.

Pendant des siècles, les deux traditions se sont mêlées, au point de partager parfois les mêmes lieux. À l’époque de Demon Slayer, la plupart des Japonais pratiquent les deux sans y voir de contradiction : le shinto pour la vie, les naissances et les fêtes, le bouddhisme pour la mort et les défunts. La série reflète ce mélange, sans jamais prendre parti. Le tableau résume ce qu’elle emprunte à chacune.

Dans la série Ce que cela rappelle Tradition
Les prières de Gyomei l’invocation au Bouddha Amida bouddhisme
La secte de Doma une fausse promesse de paradis parodie religieuse
La danse du Dieu du Feu les danses sacrées des sanctuaires shinto
Le paradis et l’enfer les terres pures et les enfers bouddhisme
Les retrouvailles dans un autre monde la renaissance et les vies futures bouddhisme
Les masques de renard les protections contre le malheur croyances populaires

Sans faire la leçon

La série emprunte au bouddhisme et au shinto des images et des rites, jamais un sermon.

Gyomei, le Pilier qui prie

Gyomei Himejima, le Pilier de la Roche, est le plus fort des Piliers et le plus pieux. Il prie en permanence, un chapelet bouddhiste entre les doigts, et pleure souvent en silence. Sur son haori sont écrits les caractères d’une invocation bouddhiste, « namu amida butsu », que récitent les fidèles des écoles de la Terre pure pour s’en remettre au Bouddha Amida et renaître dans son paradis après la mort.

Gyomei Himejima prie, les larmes aux yeux, les mains jointes, Demon Slayer

Avant de devenir pourfendeur, Gyomei vivait dans un temple où il recueillait des orphelins. Une nuit, un démon les attaque. Gyomei, aveugle, tue le démon à mains nues jusqu’à l’aube, mais une seule fillette survit, et, sous le choc, elle l’accuse d’avoir tué les autres. Il est emprisonné, condamné, jusqu’à ce que Kagaya Ubuyashiki le fasse libérer. Sa foi n’a pas disparu, mais elle s’est teintée d’une profonde tristesse.

Dans la série, sa prière n’est pas un ornement. C’est elle qui le tient debout, et c’est en priant qu’il entre dans ses derniers combats. Notre article sur Gyomei Himejima, le Pilier de la Roche raconte son histoire, et notre collection Gyomei Himejima Demon Slayer réunit ses objets.

Figurine Gyomei prière

Figurine Gyomei prière

Figurine de Gyomei Himejima en prière, son chapelet entre les mains.

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Doma et le culte de la Foi paradisiaque

Doma, la Deuxième Lune supérieure, le sourire aux lèvres, Demon Slayer

Doma, la Deuxième Lune supérieure, est le chef d’une religion, le culte de la Foi paradisiaque. Enfant, il était vénéré par ses parents et par les fidèles comme un enfant divin, à cause de ses yeux aux couleurs de l’arc-en-ciel et de ses cheveux clairs. On venait lui confier ses peines, et il écoutait sans rien ressentir. Devenu démon, il garde son rôle de guide spirituel, mais il « sauve » ses fidèles en les dévorant, persuadé de les emmener ainsi vers le bonheur.

C’est la critique la plus nette de la série : une religion qui promet le paradis pour mieux exploiter ceux qui souffrent. Doma sourit toujours, parle doucement, et ne comprend rien à la douleur des autres. Kotoha, la mère d’Inosuke, s’était réfugiée chez lui pour fuir un mari violent. Quand elle découvre ce qu’il fait, il la tue, mais elle a le temps de jeter son bébé dans la rivière pour le sauver. Inosuke grandira dans la montagne, élevé par des sangliers.

Le nom du culte reprend le mot qui désigne, dans le bouddhisme de la Terre pure, le paradis d’Amida. Face à Gyomei, qui prie sincèrement ce même Bouddha, Doma en est la caricature. Notre article sur Doma, la Deuxième Lune supérieure raconte son histoire, et notre collection Doma Demon Slayer réunit ses objets.

Peluche Doma à l'éventail

Peluche Doma à l'éventail

Peluche de Doma et de son éventail doré, le sourire figé.

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Paradis et enfer : l’au-delà dans la série

La série montre plusieurs fois l’au-delà, au moment où meurent ses personnages. Ces scènes empruntent au bouddhisme japonais l’image d’un monde après la mort partagé entre une terre de lumière et des enfers de flammes. Après la défaite de Daki et Gyutaro, le frère et la sœur se retrouvent dans l’obscurité, enfants, et Gyutaro porte Ume sur son dos vers les flammes plutôt que de la laisser seule.

D’autres retrouvent leurs proches. Akaza, au moment de mourir, revoit Koyuki, la fiancée qu’il avait oubliée pendant des siècles, et son maître, qui l’attendent. Shinobu retrouve sa sœur Kanae et leurs parents. Rengoku voit sa mère lui dire qu’il a bien accompli sa mission. Doma, lui, rencontre Shinobu dans l’au-delà et tombe amoureux d’elle, avant qu’elle ne l’envoie en enfer d’une phrase.

Ces scènes ne décrivent pas un dogme précis. Elles disent surtout que la mort n’efface pas les liens, et que chacun retrouve, au bout du chemin, ce qu’il a aimé ou ce qu’il a fait. Notre article sur les couples de Demon Slayer revient sur plusieurs de ces retrouvailles.

La réincarnation et le dernier chapitre

Le bouddhisme enseigne que les êtres renaissent, vie après vie, selon leurs actes. Demon Slayer reprend cette idée à sa façon. Mitsuri et Obanai, mourant dans les bras l’un de l’autre, se promettent de se retrouver dans une autre vie et de s’y marier. Le dernier chapitre, qui fait un saut d’un siècle jusqu’au Japon d’aujourd’hui, montre des personnages qui ressemblent trait pour trait aux héros disparus.

Certains sont des descendants, comme les arrière-petits-enfants de Zenitsu et de Nezuko. D’autres semblent être des réincarnations : un couple qui tient un restaurant et rappelle Mitsuri et Obanai, des enfants et des adultes qui ressemblent aux Piliers morts au combat. La série ne tranche pas entre les deux, mais elle laisse l’idée d’une seconde chance, offerte à ceux que la guerre a emportés.

La danse du Dieu du Feu, un rituel shinto

Chaque nouvel an, Tanjuro Kamado, le père de Tanjiro, dansait toute une nuit dans la neige pour le Dieu du Feu, afin de protéger sa famille du malheur et de remercier la divinité. Pour une famille de charbonniers, qui vit du feu, ce culte a un sens très concret. La danse ressemble aux kagura, les danses sacrées que l’on offre encore aux kami dans les sanctuaires shinto, souvent la nuit et en hiver.

La danse se transmet de père en fils, avec les boucles d’oreilles hanafuda. Le récit révèle plus tard qu’elle conserve en réalité les mouvements du Souffle du Soleil de Yoriichi Tsugikuni, transmis aux Kamado comme une prière. C’est le plus beau tour de la série : un rite religieux qui garde, sans le savoir, l’arme contre Muzan. Notre article sur la danse du Dieu du Feu raconte son histoire, et notre page sur Tanjiro Kamado, le héros de la série présente le danseur.

Les Ubuyashiki, une famille maudite

Kagaya Ubuyashiki, le visage marqué par la malédiction, souriant, Demon Slayer

La famille Ubuyashiki, qui dirige l’armée des pourfendeurs, porte une malédiction : ses enfants naissent fragiles, et ses chefs meurent jeunes, le visage rongé par la maladie. La cause en est Muzan, né dans cette même famille il y a mille ans. Pour survivre, la famille a suivi le conseil d’un prêtre shinto : prendre leurs épouses dans des familles de prêtres, et consacrer leur vie à détruire le démon sorti de leur lignée.

Kagaya, le chef de l’armée, porte cette malédiction avec un calme qui impressionne même Muzan. Sa voix apaise ceux qui l’écoutent, et il connaît le nom de chaque pourfendeur mort sous ses ordres. Il prie pour eux et visite leurs tombes. Sa fin, dans la saison 4, montre jusqu’où va ce sacrifice. Notre page sur les Piliers de Demon Slayer présente ceux qui le servent, et notre collection des pourfendeurs de Demon Slayer, Piliers compris, réunit leurs objets.

Les masques, les corbeaux et les glycines

Plusieurs objets de la série protègent ou guident, comme dans les croyances populaires japonaises. Les masques de renard que Sakonji Urokodaki taille pour ses élèves sont censés les protéger du mal pendant la Sélection finale. Au Japon, le renard est le messager d’Inari, une divinité des récoltes, et les masques de renard se portent encore dans les fêtes de sanctuaire. Notre article sur Sakonji Urokodaki, le maître de Tanjiro raconte d’où viennent ces masques.

Un corbeau messager des pourfendeurs, ailes déployées et bec ouvert, Demon Slayer

Les corbeaux messagers qui guident les pourfendeurs de mission en mission rappellent le Yatagarasu, le corbeau à trois pattes de la mythologie japonaise, envoyé par les dieux pour guider le premier empereur. La série ne fait pas le lien elle-même, mais l’image d’un oiseau noir qui conduit les hommes vers leur destin est ancienne. Notre article sur les corbeaux messagers les présente un par un.

La glycine, que les démons ne supportent pas, doit en revanche beaucoup à la série. Au Japon, la glycine est une fleur noble, aimée pour ses longues grappes violettes et associée à la longévité, mais aucune grande tradition ne lui prête clairement le pouvoir de repousser les démons. Gotouge en a fait une fleur protectrice, qui entoure le mont de la Sélection finale et orne les maisons qui accueillent les pourfendeurs. Notre article sur les maisons de glycine raconte leur rôle, et nos plaids Demon Slayer reprennent la fleur.

Cape plaid glycine

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Cape plaid à capuche semée de glycines violettes, la fleur qui repousse les démons.

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Les oni, entre bouddhisme et folklore

Les démons de la série s’appellent des oni, comme les démons du folklore japonais. Dans l’imagerie bouddhiste, les oni sont les gardiens des enfers, des géants cornus chargés de tourmenter les damnés. Dans les contes, ils deviennent des ogres des montagnes, que les héros affrontent et que l’on chasse chaque année, au début février, lors de la fête de Setsubun : on lance des haricots grillés par la porte en criant aux démons de sortir et au bonheur d’entrer.

Le folklore connaît aussi des humains changés en oni par la colère, la jalousie ou le chagrin, comme ces femmes trahies qui deviennent des démones dans les pièces de théâtre nô. Demon Slayer reprend cette idée et la pousse au bout : tous ses démons ont été humains, et la plupart sont devenus monstres à la suite d’une souffrance. C’est ce qui permet à Tanjiro de les plaindre, et à la série de raconter leur passé avant leur mort.

Ce que la série fait de la religion

Demon Slayer ne défend aucune religion et n’en attaque qu’une, celle de Doma, qui n’en est pas vraiment une. Ce qui l’intéresse, c’est la compassion. Tanjiro joint les mains pour les démons qu’il vient de tuer, pleure sur leur passé et souhaite qu’ils renaissent dans une vie meilleure. Gyomei prie pour ceux qu’il n’a pas pu sauver. Kagaya visite les tombes de ses soldats. Ces gestes empruntent au bouddhisme et au shinto, mais ils parlent à tous les spectateurs.

C’est peut-être pour cela que la série touche autant, au Japon comme ailleurs. Elle montre des personnages qui croient, qui prient, qui doutent, et qui trouvent dans les rites de leur époque une façon de tenir face à la mort. Notre page sur les démons de Demon Slayer raconte le passé humain de chaque démon, et notre collection des démons de Demon Slayer réunit leurs objets.

À retenir

  1. Gyomei prie le Bouddha Amida, dont l’invocation est écrite sur son haori.
  2. Doma dirige une fausse religion qui promet le paradis avant de dévorer ses fidèles.
  3. La danse du Dieu du Feu rappelle les kagura shinto et garde le Souffle du Soleil.
  4. L’au-delà et la réincarnation reviennent jusqu’au dernier chapitre.
  5. Le pouvoir de la glycine contre les démons doit surtout à l’imagination de l’autrice.

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